La Loge Anglaise de Bordeaux n'avait pas encore de numéro de classement, elle avait à peine dix ans d'existence, ne comprenait parmi ses membres que des Bourgeois et des Négociants, gens sérieux, sans préoccupations politiques que déjà elle paraissait dangereuse au Pouvoir, qui ne voyait pas sans appréhension ces hommes se rassembler dans un endroit fermé, à l'abri des oreilles indiscrètes. Cette appréhension se traduisit par un ordre de dispersion.
Bordeaux, le 29 août 1742
L’intendant de Guyenne à Maître Arthur COPÉ
Comme je suis informé, Monsieur, que vous êtes Maître de la Loge des Francs Maçons établie aux Chartrons, je vous défends, de la part du Roy, d’y tenir aucune assemblée sous prétexte de réunions ou de réceptions ou autrement.
je vous avertis que si, au préjudice du présent ordre, vous tenez aucune assemblée, vous serez puni, vous et tous vos adhérents, comme désobéissant aux ordres du Roy.
Ne manquez pas de m'accuser réception de cet ordre. Je suis, Monsieur, votre très obéissant serviteur.
Signé : Boucher.
Sur l'intimation de cet ordre la Loge décide de ne plus s'assembler dans le même local. Les procès verbaux s'arrêtent jusqu'en 1743. Mais dans la séance du 8 septembre il est écrit en toutes lettres: " La Loge délibère qu'elle ne tiendra pas séance pendant les vacances », ce qui semble bien indiquer qu'elle n'avait cessé de se réunir jusqu'à ce jour mais dans un autre lieu et sans laisser de trace.
Pour la première fois, en 1744, elle eut à sévir contre un de ses membres, la peine fut sévère, mais la faute était grave. Elle avait admis, et c'était le premier ecclésiastique, un certain abbé Laforge curé de Rion. Il fallut prononcer son exclusion. Ce prêtre s'était comporté d'une manière injurieuse tant envers le Vénérable Maître qu'envers les F.F. de la Loge.
C'était une leçon, on se montra plus difficile encore pour l'admission des gens d'église. Le 26 octobre 1745 le Sieur Gaudichau, vicaire de Saint Seurïn, présenté à trois séances successives, fut « scrutiné » sans succès, c'est à dire que l'admission proposée, soumise au vote des FF présents, ne lui fut pas favorable. Le P. Delphin Labarrière, religieux de la Merci, ne subit les épreuves de l'admission qu'en 1747, le scrutin lui ayant été deux fois défavorable.
Notons en passant qu'on avait coutume quand le ballot, c'est à dire l'urne des bulletins de vote, circulait et revenait avec l'expression du désir unanime de la Loge de déclarer « qu'il revenait pur et sans tache », et de célébrer cet heureux événement par une batterie d'allégresse.
L'indulgence est une vertu maçonnique, l'abbé Laforge exclu avait obtenu son pardon. Cet homme incorrigible passa de nouveau devant ses FF en Conseil de discipline et se vit infliger, en février 1746, une amende de vingt quatre livres pour son « indiscrétion extraordinaire envers la Société et s'être permis d'introduire des Dames dans la Loge et de s'être vanté de payer volontiers une amende qui lui permettait d'être agréable au beau sexe ».
L'année précédente, la Loge avait établi ses assises chez le F Lemarchand avec lequel elle avait signé un pacte de deux ans.