Le 12 décembre 1781, au retour d'un Te Deum que la Loge avait fait chanter chez les Cordeliers en l'honneur de l'heureuse délivrance de la Reine et de la naissance si désirée du Dauphin, il fut versé par les FF.'. présents une somme en faveur des malheureux, puis, on se rendit au local maçonnique où, comme il avait été convenu, on servit un repas à treize pauvres. Ce repas fut précédé d'une décharge de quinze coups de canon. On sait qu'à cette époque la bourgeoisie s'agitait et protestait souvent contre l'administration royale; les Parlements qui se faisaient en quelque sorte les interprètes des revendications avaient souvent manifesté au point que le Roi avait dû sévir. Le Parle ment de Bordeaux s'était montré particulièrement indépendant et irrespectueux. Il avait été exilé à Libourne. Vers la fin de 1788 il obtenait sa grâce et, sans avoir « trop courbé le chef», il faisait une rentrée triomphale à Bordeaux. Cet événement d'émancipation populaire fut accueilli avec joie par les membres de la Loge Anglaise. Ils décidèrent de célébrer ce retour par un banquet dans lequel on rendit hommage à « ces respectables magistrats qui étaient enfin rétablis au siège de la justice ».
Le mouvement révolutionnaire s'accentuant, on comprend que devant une si formidable poussée, la Loge Anglaise, malgré son respect des traditions, est obligée de s'incliner.
C'est une habitude maçonnique que, dans tous les banquets, on porte la Santé du Chef du Gouvernement. Le 31 août 1790, pour la première fois, la formule rituelle était changée. Le V. M. levait son verre : « Aux vertueux citoyens français que leur mérite, leur zèle et leur patriotisme ont rendu les régénérateurs de la France et qui composent la nation française et au bon et sensible monarque dit le Père du Peuple ainsi que pour la prospérité de sa famille.
Mais aucune allusion aux faits révolutionnaires. De la prise de la Bastille devenue, par la suite, le symbole de la conquête de la Liberté, pas de trace.
Nous apprenons qu'en janvier 1794, la situation était tellement mauvaise que le banquet du solstice d'hiver ne pouvait avoir lieu, « attendu la grande difficulté à se procurer les substances de première nécessité ».
Le 25 octobre 1796, le F. Ore recevait la mission d'aller remettre à la municipalité l'inventaire des armes qui se trouvaient dans la Loge pour servir à l'accomplissement du rite et, le 30, on trouve sur les papiers de la Loge que le mot « Citoyen » remplace le mot « Monsieur ».
Le 13 novembre 1796, elle déclarait que le F. Maréchal Mouchy, proscrit par les saintes lois de la République, et dont le nom existait encore en tête du Tableau des Officiers dignitaires, serait brûlé séance tenante. Elle décidait, le 4 décembre, de changer son vieux nom et de s'appeler L'Égalité, puis, après avoir convoqué le Représentant du Peuple, le F Izabeau, à venir la visiter, décidait de changer ses décors et de remplacer les cordons rituels par des rubans aux trois couleurs. Le tutoiement était exigé entre les F.F.
Il semble, et c'est une tradition qui se conserve dans la Loge, malgré l'absence de documents précis, que ce fut à ce moment que les vivats maçonniques furent remplacés par la triple batterie et qu'à l'instigation de Claude de Saint Martin fut adoptée l'acclamation : Liberté, Égalité, Fraternité. Remarquons en passant que des trois représentants du Peuple, seul Izabeau, qui était Maçon, fit preuve d'humanité dans les actes de répression qu'il était obligé d'accomplir.
En 1746, il y avait à Bordeaux quatre Loges régulières, L'Anglaise, La Française élue Écossaise, La Parfaite Harmonie et L'Amitié. Ces Loges reconnaissaient en général L'Anglaise comme leur directrice, d'autant que celle ci, agissant en Loge mère, avait fondé d'autres Ateliers.