Elle savait quand on lui faisait injure pardonner avec magnanimité. Une brouille étant survenue entre divers Ateliers, le 28 juillet 1767, sur le désir témoigné par plusieurs Membres de la Loge L'Amitié, l'Anglaise, animée « du vrai esprit qui caractérise les Maçons » et désirent « l'union qui est le fondement le plus assuré de la Franc Maçonnerie », délibère qu'elle oublie les sujets qui les ont avisées et que, se conformant aux anciens usages, les portes du Temple seront ouvertes aux Membres de L'Amitié ainsi qu'à ses députés lorsqu'ils se présenteront.
Si l'on ne connaît pas d'une façon absolue l'origine de la Maçonnerie, si l'on peut à volonté lui accorder la plus haute antiquité, il n'en est pas moins certain, que dès qu'on la trouve dans les monuments écrits, on la voit immédiatement parfaitement organisée, avec ses règlements, ses traditions et ses usages.
Anderson en la codifiant ne fit que réunir ces traditions et ces usages. Fut ce un bien? Les traditionalistes convaincus comme les anglo saxons l'affirment, d'autres, progressistes comme les latins, prétendent le contraire.
L'application absolue des Old charges lui a peut être valu de se perpétuer à peu près intégrale. Mais d'un autre côté, les progressistes ont permis sa transformation, son évolution, et l'ont ouverte à tous les esprits épris de progrès. Les siècles futurs diront laquelle de ces deux écoles avait entrevu la vérité.
La Maçonnerie rouge, celle des Hauts Grades, n'a pas une origine plus certaine. On la trouve en France à la même époque et elle se manifeste vis à vis de la Loge Anglaise le 22 juin 1759. Ce jour là, dit le procès verbal de la séance, un visiteur venant de Rochefort se présenta à la porte du Temple revêtu d'ornements et de cordons d'un grade supérieur à celui qui était pratiqué dans l'Anglaise. Allait on l'accueillir et lui rendre des honneurs spéciaux?
Toujours digne, notre Anglaise lui fait savoir qu'elle est disposée à le recevoir s'il veut bien quitter ses insignes et revêtir le tablier et les cordons du grade qu'elle pratique. Nous ne parlerons que pour mémoire de son indignation le jour où elle apprenait l'existence de Loges de femmes.
Loge chrétienne, elle a de ces préjugés qui nous choquent maintenant, mais qui étaient très naturels à l'époque de sa fondation et même pendant le premier siècle de son existence. A plusieurs reprises elle manifeste son aversion pour le peuple d'Israël. Le 6 mai 1746, elle déclare que les Juifs ne peuvent être admis à l'initiation. Le 30 novembre 1747 elle refuse d'admettre à l'affiliation le Frère Cappadoce, Israélite, initié à Amsterdam à la Loge La Paix. Le 22 février 1749, sur une nouvelle demande de ce Frère, elle répétait son intention formelle de ne jamais admettre des Juifs.
Les comédiens et gens de théâtre n'étaient pas mieux traités. C'est ainsi que le 2 août 1746 elle s'opposait à l'initiation dans une Loge de trois musiciens à l'orchestre du théâtre et quelques temps après elle étendait sa rigueur au sieur Labottière, Maître de Ballet. Elle se piquait d'orthodoxie et ne reconnaissait que trois grades symboliques; elle considérait presque comme une souillure le voisinage des novateurs. Pour éviter tout contact avec eux, elle déridait le 9 décembre 1782 qu'elle abandonnerait son local si le propriétaire n'en excluait immédiatement un Chapitre de Rose Croix qui s'y réunissait et que les procès verbaux désigne sous le nom de Loge Rouge.