Chapitre troisième
Les événements de Thermidor avaient mis fin au régime de la Terreur, l'avènement du Directoire avait amené le calme sur tout le territoire. Les travaux de l'Anglaise, qui avaient été interrompus pendant quelques mois, reprenaient force et vigueur au mois d'octobre 1794.
Réunie chez le Citoyen Monchenil. elle décidait, le 15 décembre 1795, qu'elle reprendrait son ancien nom de Loge Anglaise 204 et qu'en outre, elle remettrait en vigueur ses anciens usages et, tout en se conformant à l'ancienne Constitution, elle travaillerait « comme nos Pères qui nous ont précédés et qui ont fait honneur à la Franc Maçonnerie, qui a ses anciennes formes, ses anciens usages et ses anciens rites et nous ne pouvons ni ne devons les ignorer ». Le 3 décembre elle décidait d'envoyer une députation à toutes les Loges de la ville pour les prévenir que « le régime de la justice nous ayant rappelés à la raison, nous avons repris notre ancien nom que nous n'aurions jamais dû quitter, ainsi que nos anciennes décorations.
Et la vie de la Loge reprit son cours régulier. Comme par le passé elle s'occupait de charité. En 1796 elle venait en aide au F Fau, âgé de 95 ans, dont la misère était affreuse. Le secours voté était d'importance : 10.000 francs, il est vrai qu'il était en assignats. Quelques jours après elle fait acheter deux vaches pour les offrir à la Manufacture des enfants trouvés où l'on soignait alors les enfants indigents malades. Cette tentative fut malheureuse. Les vaches se montrant mauvaises laitières, elle les fit revendre à vil prix et en acheta deux autres.
Le 31 janvier, on voyait avec plaisir le F Gaudrie remercier avec effusion le F Maître, Capitaine au long cours. Ce dernier avait, sur la demande de la Loge Le Triplicata, consenti à céder le Commodore Clément, bonne prise de guerre, pour obtenir la liberté du F Gaudrie, prisonnier en Angleterre. Le 31 mai 1814, le F Héeliès venait remercier la Loge qui l'avait obligé d'une petite somme. Il venait remettre au V M, le F Jean Bahr, un billet à ordre par lequel il s'engageait au rembourse-ment, mais l'Atelier décidait que ce billet serait remis au Trésorier et qu'il ne serait jamais exigé.
En juin 1847, le zèle charitable des Maçons de notre Atelier se manifestait par des subventions accordées à la création de crèches pour les enfants. C'est ce jour là que naquit l'idée de faire une crèche maçonnique. Cette idée, mise au point, fut réalisée quelques années plus tard, et de nos jours encore la crèche maçonnique du Cours de l'Yser reçoit de nombreux enfants.
Une autre idée fut aussi féconde. Le F Debesse annonça qu'il avait créé une caisse de secours en faveur des ouvriers accidentés dans le travail et réduits de la sorte au chômage ou à l'invalidité. Il demandait le concours de l'Anglaise qui l'accorda avec empressement. Ce fut peut être le point de départ de la Loi de 1898. Depuis la Révolution, la Loge Anglaise 204 avait cessé ses rapports avec la Grande Loge d'Angleterre. II n'y avait pas eu rupture. Il y avait eu simplement, par suite des événements politiques de cette époque si troublée et si belliqueuse, cessation de correspondance.
Le 23 mars 1802, le Secrétaire de la Loge était chargé de prier le F Talbot Dillon de vouloir bien s'efforcer de rétablir les relations interrompues par suite de l'état de guerre. La Grande Loge d'Angleterre s'empressa de remettre sur son tableau sa fille de Bordeaux et, le 28 avril 1803, après avoir perçu un tribut de dix guinées, elle l'inscrivait avec le numéro 204, numéro qu'elle conservera désormais.