Le nouveau Grand Maître en prend d'ailleurs à son aise. Il envoie des circulaires sous bande, sans signature. Par manière de protestation le VM Bras Lafitte lui adresse sa démission de Membre de l'Institut dogmatique. Le 14 avril, le VM de l'Anglaise entretenait les FF des préoccupations du monde maçonnique au sujet du GO, et du Conseil de l'Ordre entièrement subjugué par le gouvernement impérial. Il est question de faire déclarer la Maçonnerie Société d'utilité publique. C'était la première fois, mais ce ne sera pas la dernière que le Conseil de l'Ordre cherchait à diriger la Maçonnerie dans une voie que ses adeptes trouvent mauvaise et employait, pour y arriver à ses fins, des moyens critiquables. Pour faire déclarer la Maçonnerie d'utilité publique et lui faire obtenir par cette déclaration certains avantages, largement compensés d'ailleurs par la perte de son indépendance, on lui demande, notamment, de supprimer sa devise et de renoncer à la Trilogie.
Le GM et les Membres du Conseil de l'Ordre, à l'exception d'un seul, ont signé, dans le Bulletin officiel, un article pour montrer les avantages de la mesure proposée.
Cet article est commenté avec une vigueur remarquable par le F Bras Lafitte. Il s'élève avec véhémence contre les modifications, contre les violations que le GO se propose de faire à la Constitution. Il demande que des mesures soient immédiatement prises par toutes les Loges pour éviter, s'il en est temps encore.
L'accomplissement des faits qu'il vient de signaler. Quant à lui et à la Loge Anglaise dont il est l'organe, iI ne souffrira jamais sans protester énergiquement que la moindre violation soit apportée à la Constitution, que notre drapeau soit privé de son immortelle devise : Liberté Égalité Fraternité. Mieux vaut le sommeil que subir pareille profanation.
Ces paroles, couvertes d'applaudissements, sont suivies par des renseignements donnés par plusieurs FF. On voudrait mettre les Ateliers devant le fait accompli. Les statuts révisés seraient déjà entre les mains du Conseil d'État. Celui ci aurait même sanctionné la nouvelle constitution et l'Empereur cependant hésiterait sur la mesure définitive à prendre. L'Anglaise décide d'écrire au GO pour avoir des précisions. Elle prie les FF visiteurs et les députations présentes sur ses colonnes de rendre compte à leurs Ateliers respectifs des débat de la séance et de la décision qu'elle vient de prendre.
Les jours passent. Le 2 mai 1863, en raison de la menace qui plane sur le monde maçonnique et d'une mise en sommeil possible, Ia Loge décide, dans sa sagesse, de conférer le troisième grade à tous ceux qui ne l'ont pas encore Cependant, tel est l'empire de la Maçonnerie sur ceux qui la pratiquent et l'étudient que, le 22 juin 1864, le GM Maréchal Magnan que l'Empereur avait, par décret, mis à la tète de l'Ordre, s'est peu à peu converti. Le Convent de 64 l'a régulièrement élu. La question se pose pour l'Anglaise de savoir si, suivant la tradition, elle enverra les félicitations de l'Atelier ou si, au contraire, en raison de la situation spéciale du Maréchal, il ne vaut pas mieux s'abstenir. Après une longue discussion, l'Atelier décide d'envoyer tout de même des félicitations.
Ce fut l’objet d’un incident. L’adresse proposée avait été signée par un certain nombre de FF. Parmi ces signatures ne figuraient pas celle du F Niox, l'Orateur de la Loge, ni celle du Secrétaire. Le premier s'étonne que, sur une pièce de cette importance, on se soit montré si peu soucieux de sa signature et de celle du F Steward, alors que régulièrement l'une des deux au moins doit être apposée sur toute pièce officielle.
En vain le F Bras Laffitte explique que cette pièce a été signée par la Commission chargée de la rédiger, le F Niox, s'entêtant dans son point de vue provoque une discussion extrêmement violente, demande que la protestation soit inscrite au procès verbal et avertit l'Atelier qu'il donne sa démission. Le VM d'honneur, le F Bras Laffitte se lève alors.