Sur sa demande une délégation de cinq, Maîtres va chercher les vieilles constitutions que l'on apporte solennellement au milieu du Temple et, devant ces vieux parchemins et ces titres de noblesse, avec une éloquence émue et entraînante, il supplia l'Orateur et le Secrétaire de ne pas quitter l'Atelier et de retirer leur démission. Convaincus et touchés par son éloquence et par la grandeur du geste, les FF Niox et Steward retirent leur démission, reçoivent le baiser fraternel et reprennent leur place.
Rappelons enfin, pour terminer ce chapitre, que notre Atelier, qui avait établi sa résidence dans un hangar situé sur un terrain vague appartenant au Colonel Corbineau se transportait en 1837 dans une partie d'un établissement de Bains, Cours du Chapeau Rouge, aux Quinconces, pour permettre l'édification d'un Temple digne d'elle, de son passé et de ses aspirations. Le 13 novembre 1843 fut un jour de liesse. Devant une foule considérable de Maçons étrangers, le VM Barreyre, assisté de ses deux Surveillants, les FF Jumot Deval et Klepper, et du F Orateur Duranteau, ouvrait ses travaux dans le Temple édifié 8, rue Ségalier, dont le style grandiose et la sévère ornementation sont « un hommage rendu à la plus utile Institution que les hommes aient fondée ».
Entre temps la Loge se faisait le champion de l'instruction du peuple, elle cherchait les moyens pratiques de rendre l'instruction gratuite et obligatoire et des écoles maçonniques étaient créées à Bordeaux.
Quelques anecdotes sur la vie de la Loge sont à conter. Le 19 décembre 1865 le F Debesse, qui avait résilié ses fonctions de V M, à cause des modifications qu'on voulait apporter aux premiers articles de la Constitution, était réélu à l'unanimité.
Il fallut que deux délégations se rendissent auprès de lui pour lui faire accepter de reprendre le maillet; mais, après avoir accepté, au moment de prononcer son serment, il fit la restriction suivante « La Maçonnerie regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et n'exclut personne en raison du culte qu'on professe ».
Il est donc reconnu, affirmé, que la Loge Anglaise 204 repousse tout ce qui, dans la Constitution, pourrait affaiblir, atté-nuer ou infirmer les principes immuables et éternels proclamés par le paragraphe II. » Le 14 avril 1862, le VM Bras Witte entretenait. l'Atelier de la visite d'un F Indien du nom de Surset Joo Eehangéériee et du banquet qui lui avait été offert. Il expliquait que ce F appartenait à l'O de Bombay et que, se trouvant ces jours derniers dans un magasin de la ville, il avait été rencontré par le F Fairussac, qui avait remarqué à son doigt une bague ornée d'une équerre et d'un compas. Il avait échangé avec cet étranger les signes ordinaires de reconnaissance et des relations s'étaient ouvertes. Le F Fairussac avait amené cet Adorateur du Feu visiter notre Temple. Au banquet, le F Indien avait fait part, avec une grande intelligence, de sa foi religieuse, de ses convictions maçonniques, et il s'était montré très sensible à la remise qui lui avait été faite d'une médaille d'Argent et du tableau de la Loge qu'on le priait de remettre en rentrant à Bombay à son VM. Le F Bras Lafitte faisait ressortir la haute utilité et la sainteté de la chaîne maçonnique qui unit tous les Membres de la Grande Famille répandue dans l'univers entier, quelle que soit leur nation ou leur religion.
Et, puisque nous en sommes aux récits extraordinaires, mention nons qu'en Octobre 1863, un Franc Maçon, le F Thounens, que les vicissitudes de ses voyages avaient amené à être Roi d'Arau-canie et de Patagonie, venait demander à la Loge des souscriptions en faveur d'un ouvrage dans lequel il racontait ses aventures. Le 25 Mai 1805, la Loge avait reçu et initié le F Muller, qui devint quelque temps après le VM de la Loge « Aux Trois Ancres » à l'O de Stettein. En 1835, ce VM vint plusieurs fois visiter la Loge 204 qui lui avait offert une paire de gants blancs et un tablier. En remerciement, la Loge de Stettein envoyait au VM de l'Anglaise un bijou d'Honneur, gage d'amitié fraternelle.