Par onze voix contre six, la Loge décida qu'il y avait lieu de supprimer les deux premiers termes du deuxième paragraphe de l'article premier de la Constitution. Cent trente cinq réponses parvinrent au GOde France. Soixante seize Loges et six Chapitres s'abstinrent de voter. Parmi les Loges d'outre-mer une seule, celle d'Égypte, répondit et se prononça contre.
En septembre 1877, la question n'était pas encore résolue. La Convent nommait une Commission de quatre Membres chargés d'étudier la question et de faire un rapport. Le rapporteur était le F Desmons, que sa situation dans le monde semblait désigner particulièrement pour l'étude de cette question. C'était un ancien pasteur, un orateur remarquable, qui savait présenter les choses et les mettre en valeur. Il est certain que dans le monde maçonnique. les principes fondamentaux n'étaient pas toujours observés. Par exemple, Littré, qui était athée, avait été refusé dans une Loge à cause de ses opinions et avait tout de même été initié par La Clémente Amitié. La Commission se trouvait divisée en deux parties sur la nécessité de la réforme. Était elle nécessaire?
Sur ce point l'unanimité semblait absolue. Quant à la question d'opportunité, il y eut huit voix contre et une seule voix pour. Pourtant le F Desmons prit la parole et prononça un magnifique plaidoyer en faveur de la suppression du paragraphe. Il fit d'abord une mise en valeur des arguments de ceux qui s'opposaient à la réforme. Ceux ci disaient que supprimer le principe de l'immortalité de l'âme et de la croyance en Dieu c'était isoler la Maçonnerie française du reste du monde, causer en France un schisme et donner aux adversaires de la Maçonnerie de terribles arguments. Mais réfutant ces objections il disait qu'on avait produit les mêmes arguments quand il avait été question de supprimer le Grand Maître, quand on avait décidé d'admettre les hommes de couleur et aussi, quand on avait cédé sur la question des représentants des hauts grades; or, à la suite de ces décisions, il n'était rien advenu, donc il en serait encore de même. On pouvait peut être craindre d'être séparé des Grandes Loges de Buenos Aires, de Hongrie et d'Italie, et pourtant, en y réfléchissant, il était insensé d'appeler réforme une mesure qui n'était en somme que le rétablissement de ce qu'e y avait en 1849. Il n'y avait pas davantage à craindre un schisme puisque la majorité s'était prononcée pour la réforme. Il eut été dangereux de remplacer la fameuse formule par une affirmation d'athéisme ou de matérialisme. Mais cette éventualité devait être écartée, la formule proposée ne faisant rien pour nuire à la liberté de conscience de chacun, et par suite, devant donner satisfaction à tout le monde.
Le GO, ajoutait le F Desmons, avait toujours été calomnié; un peu plus ou un peu moins, il n'y avait pas à s'en préoccuper. La Maçonnerie devait être comme les Gouvernements et se placer au dessus des cultes et des religions. Il fallait donc rejeter une affirmation dogmatique puisque le dogme est l'opposé de la Maçonnerie, qu'il est l'affaire des Églises, des Synodes et des Consistoires. Il terminait en proposant que le paragraphe 1er de la Constitution fut maintenu et que les paragraphes 2 et 3 fussent remplacés par : « elle a pour principe absolu la liberté de conscience et la pratique de la solidarité envers l'humanité. Ses mots sont Liberté, Égalité, Fraternité ».
Ce discours, d'une éloquence enflammée et d'une profonde logique, déchaîna l'enthousiasme du Convent et le vote fut enlevé.
L'évolution des esprits vers une plus grande émancipation et une liberté plus complète, commençait à se faire sentir dans les questions étudiées dans la Loge et les causeries faites par divers orateurs. Le 2 novembre 1858, la Loge Française élue Écossaise et L'Amitié, réunies, devant discuter le sujet suivant : savoir si le règne de la nature comporte les éléments nécessaires à la civilisation, l'Anglaise, qui n'a pas pu assister à la discussion, ne doute pas que la question ait été résolue dans le sens de l'affirmative