Les milieux comme les paysages doivent répondre à notre état d'âme; et il serait d'ailleurs injuste de tirer de leur manque d'attirance de dommageables déductions. Maintenant - depuis des lustres déjà - c'est la Grande Loge de France qui a l'insigne faveur de vous compter sur ses contrôles. Puis-je avancer, sans entrer dans de trop subtiles considérations, et avec la délicatesse qui s'impose en cette cérémonie qu'embellit ta présence d'illustres visiteurs, que la Grande Loge et Vous, vous étiez faits pour vous entendre?
Frères de la Loge Anglaise! Sans que la laideur des âmes et la tristesse des heures aient amorti leur courage et enténébré leurs idéaux, vos aïeux vous ont légué leur sublime et parfois douloureuse passion de la Bonté et de la Beauté. Et votre foi et voire intelligence, avivées par leur exemple, ont continué de vibrer pour l’excellence des hommes. Vous avez répondu au grand cri de Baudelaire « il faut toujours être ivre. Tout est là! ». C'est à dire : il faut sortir de l'ambiance déprimante pour s'évader vers une lumière plus pure. Celui là seul peut accomplir de nobles choses qui ose regarder par delà l'horizon. La vie ne vaut d'être vécue que pour ceux qui peuvent Penchantes de leurs rêves. Il faut inlassablement butiner parmi les fleurs, et les fleurs, et les fleurs... Qu'importe, et tant mieux même si ce sont d'autre qui récoltent le miel !
Malgré tes mesquines ambitions que leur attribuent des adversaires trompeurs ou trompés, ce sera un éternel honneur pour les Francs Maçons dignes de ce nom d'avoir mis le souci de leur vie inférieure au dessus des exigences profanes, et de ne glaner, parmi rapport touffu et généreux des Éphémères, que les vérités fécondes qui peuvent ensemencer l’avenir.
O frères de la Loge Anglaise 204, vous nous avez conviés à venir admirer le magnifique héritage que votre zèle enrichira encore. Nous vous en remercions du fond du cœur. Car c'est une fête mémorable que nous célébrons. Grâce à vous nous avons aujourd'hui l'orgueil de passer sous un arc triomphal...
Et, de même que la patrie reconnaissante exalte le mérite de ses grands serviteurs, je souhaite que le Rite Ecossais unanime déclare, dans sa prochaine Assemblée générale, que la Loge Anglaise n° 204 a bien mérité de la Franc Maçonnerie.
Chapitre premier
Les débuts de la R. L. Anglaise 204 furent ceux de la plupart des Loges qui s'installèrent en Europe au début du XVIII° siècle.
Trois Maçons réguliers, généralement officiers de Marine ou commercants, se trouvant au hasard de leur voyage, dans un port où, pour une raison quelconque, ils étaient obligés de séjourner, se rencontrent pour causer de leurs affaires et de leur pays. Ils décident un beau jour de fonder une Loge. Il suffisait en effet, â cette époque, de trois Maîtres Maçons pour constituer un Atelier régulier qui pouvait, ensuite, se faire agréger à une Grande Loge. N'oublions pas que le rituel anglais devait être su et récité par cœur.
Donc, trois britanniques, le capitaine Martin Kelly, à priori irlandais, celui ci remplissant les fonctions de Premier Vénérable (Worshipfull Master, comme on disait alors), et ses deux surveillants (Senior et junior Wardens), Nicolas Staimton et Jonathan Robinson, se réunissaient le 17 avril 1732 et constituaient un Atelier régulier.
Le procès verbal de cette réunion, rédigé en anglais naturellement, nous apprend que dans cette première scéance, il fut procédé à l'initiation du profane, le Capitaine Patrick Dickson, et â l'élévation au troisième degré du F. Compagnon James Bradshaw. Le succès de cette Loge fut en quelque sorte foudroyant. Elle se réunit les lundi, mardi et mercredi suivants, faisant chaque fois de nouvelles recrues. Mais, son premier Vénérable, obligé par sa profession de quitter le royaume de France transmettait le premier maillet, après élection régulière, à Nicolas Staimton, le 2 mai suivant, son vénéralat n'ayant duré que six jours. Il est vrai que le travail accompli était respectable: il avait, au cours de ce laps de temps, initié cinq profanes et avait élevé cinq membres de la Loge au grade de Maître.